11 Janvier 2020
Attention, voici de la Poésie pure. Une vraie fable, une faible fable parce qu'il y a des années que je la traîne sans avoir jamais réussi à la mettre en forme, je ne suis pas poète mais je vous fais profiter de mes projets plus ou moins avortés. Là j'ai fait un effort particulier pour en venir à bout. Vous remarquerez que c'est quand même une vraie fable, avec une morale, destinée à nous mettre en garde contre toute présomption. Et lactorate, parce que les escargots, lous limacs, sont évidemment notre patrimoine. On en reparlera. Enfin, voilà.

Illustration de La Guerro deus Limacs de Darquier, inédite
L'Escargot présomptueux
Un jour un limaçon, escargot de Gascogne,
S’en allait sous la pluie d’un train de sénateur,
Peu jaloux du renom des cousins de Bourgogne.
Laissez donc, disait-il, ce sont des amateurs !
Nous sommes vénérés en pays lactorate
Les preuves en abondent depuis la nuit des temps.
Quand ma vie finira, peu importe la date,
De ce sage respect j’aurai été content.
Un de ces jours prochains, quand la mort me prendra
Je serai devenu à coup sûr légendaire,
Je ne serai plus rien, mais quand on entendra
Au fond de ma coquille siffler les courants d’air,
Sur ce monde j’aurai au moins laissé ma trace.
Regardez-la, ma trace, briller comme un diamant,
Dans le siècle à venir j’aurai trouvé ma place,
Du panthéon des arts le plus bel ornement.
Il n’avait pas fini ces mots philosophiques,
Que passe un paysan avec un grand panier ;
Il est pris, il y est jeté, ô destin pathétique !
De cent de ses congénères accompagné.
À peine est-il est accommodé sans merci
Entre les mains d’une cuisinière perverse
À la bonne recette, de l’ail et du persil,
Que sa trace est partie, nettoyée par l’averse,
Lavée, rincée, et quand revient le beau temps,
Tout de suite séchée, balayée par l’autan.
Car le temps implacable a bien vite lavé,
Qu’on croit avoir créé, et qu’on n’a que bavé.