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Lactorate

Le marathon de Maurin

Maurin serait né à Agen vers 530, d'Eunice qui en était gouverneur et d'Alabanne son épouse. Maurin est disciple d'un saint Germain, évêque de Capoue de 516 à 541, qui fait de lui un diacre, peut-être même un prêtre, et le renvoie au bout de sept ans, par ordre du ciel, dans son pays.                      

   Maurin revient donc à Agen et convertit les populations, d'Agen même et des campagnes environnantes, en réalisant de grands miracles dont on n'a pas le détail. Il pousse jusqu'à Lactora pour y poursuivre son travail d'évangélisateur, et c'est là que les choses tournent mal. Ou tournent bien, quand on aspire au martyre… 

  On est sous l'occupation des Wisigoths, qui sont de religion arienne (la religion arienne a très peu de différences avec la catholique, mais ces petites différences sont mortelles). Les premiers chroniqueurs ignorent les Wisigoths, pour eux les méchants sont toujours les Romains, c'est fréquent dans l'hagiographie du haut Moyen Âge. Le préfet wisigoth d'alors, est un certain Valdüan, ce Valduanus (peut-être un nom commun pour désigner un chef, et non un nom propre) serait un roi de Lectoure. Il le fait arrêter et soumettre à divers supplices : trois licteurs lancent vers lui leurs javelots qui font demi-tour et viennent les tuer. Renfermé illico dans sa prison, Maurin se met en prière et les trois licteurs ressuscitent. La foule se convertit. Mais le préfet ne désarme pas et fait attacher Maurin sur un bûcher : le saint est incombustible. Enfin le préfet ordonne qu'on le décapite et cette fois, ça marche. Nous sommes aux alentours de l'an 530. La Passion de saint Maurin est un rajout du XIIe siècle sur un document du Xe, de l'abbaye de Moissac dont Saint-Maurin dépendait alors. Ces chroniques disent que Maurin, une fois décapité, ramasse sa tête et s'en va avec, d'un bon pas, en direction du nord, vers Agen. Je dis d'un bon pas, parce que ce n'est peut-être pas un cas unique de céphalophorie (le saint qui marche en tenant sa tête coupée), mais c'est une espèce de record, un vrai marathon, et plus, puisqu'il parcourt ainsi plus de cinquante kilomètres : il n'arrive pas à Agen mais à un village anonyme où il tombe enfin vraiment mort, et qui s'appelle depuis Saint-Maurin.

 

Chapiteaux, église de Saint-Maurin (Lot-et-Garonne). À gauche, décapitation de Maurin à Lactora. À droite, céphalophorie de Maurin. © Wikimedia Commons

   Au VIIe siècle, une basilique est construite à l'endroit où Maurin a été enseveli, dans le bois d'Anglars. Les siècles passent et peu après l'an 1000 une abbaye est fondée. Je vous fais grâce de l'historique de ces bâtiments qui ont à subir la guerre des Albigeois, la guerre de Cent Ans, le Prince noir, les guerres de Religion, démolitions, incendies, reconstructions. Selon Christian Corvisier, auteur d'études sur l'architecture de l'abbaye, il semblerait que notre Lactorate Mathieu Reguaneau, le maître d'œuvre de notre cathédrale Saint-Gervais, ait travaillé à Saint-Maurin. Et la Révolution vient parachever le tout, avec la vente comme bien national. Malgré les démolitions qui s'ensuivent, l'abbaye de Saint-Maurin a encore de beaux restes. Et Maurin est désormais fêté le 26 novembre, dans la basilique orthodoxe Saint-Gény de Lectoure dont il partage le patronage avec Gény. Il n'est jamais trop tard.

 

Quand l'école publique élémentaire était dans l'église abbatiale partiellement démolie. ©wikimédia 

 

 

 

 

 

 

 

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Bibliographie

Aymard Vacquié, Abrégé de l'histoire de St-Maurin, par un religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, Revue de l'Agenais, 1911, p. 409

Jacques Clémens, Les Origines de l'abbaye agenaise de Saint-Maurin et Lectoure, Bulletin de la société archéologique du Gers, 1979, p. 316

Christian Corvisier, Abbaye de Saint-Maurin. Histoire de l'architecture. L'œuvre romane, le château abbatial gothique, mutations, grandeur et décadence d'une abbaye bénédictine, Association mise en valeur du patrimoine de l'abbaye de Saint-Maurin, Saint-Maurin, 2002  (ISBN 2-9510791-1-7)

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