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Lactorate

L'Escargot présomptueux

Attention, voici de la Poésie pure. Une vraie fable, une faible fable parce qu'il y a des années que je la traîne sans avoir jamais réussi à la mettre en forme, je ne suis pas poète mais je vous fais profiter de mes projets plus ou moins avortés. Là j'ai fait un effort particulier pour en venir à bout. Vous remarquerez que c'est quand même une vraie fable, avec une morale, destinée à nous mettre en garde contre toute présomption. Et lactorate, parce que les escargots, lous limacs, sont évidemment notre patrimoine. On en reparlera. Enfin, voilà.

Illustration de La Guerro deus Limacs de Darquier, inédite

 

L'Escargot présomptueux

 

Un jour un limaçon, escargot de Gascogne,

S’en allait sous la pluie d’un train de sénateur,

Peu jaloux du renom des cousins de Bourgogne.

Laissez donc, disait-il, ce sont des amateurs !

Nous sommes vénérés en pays lactorate

Les preuves en abondent depuis la nuit des temps.

Quand ma vie finira, peu importe la date,

De ce sage respect j’aurai été content.

Un de ces jours prochains, quand la mort me prendra

Je serai devenu à coup sûr légendaire,

Je ne serai plus rien, mais quand on entendra

Au fond de ma coquille siffler les courants d’air,

Sur ce monde j’aurai au moins laissé ma trace.

Regardez-la, ma trace, briller comme un diamant,

Dans le siècle à venir j’aurai trouvé ma place,

Du panthéon des arts le plus bel ornement.

Il n’avait pas fini ces mots philosophiques,

Que passe un paysan avec un grand panier ;

Il est pris, il y est jeté, ô destin pathétique !

De cent de ses congénères accompagné.

À peine est-il est accommodé sans merci

Entre les mains d’une cuisinière perverse

À la bonne recette, de l’ail et du persil,

Que sa trace est partie, nettoyée par l’averse,

Lavée, rincée, et quand revient le beau temps,

Tout de suite séchée, balayée par l’autan.

 

Car le temps implacable a bien vite lavé,

Qu’on croit avoir créé, et qu’on n’a que bavé.

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S. CARGO 03/03/2020 09:16

Ô Puto Diou, qu'elle était belle cette morale !
Votre envolée cagarolesque et limaçanole me rappelle un détail que vous serez peut-être surpris d'apprendre. Fût un temps très proche où l'ancien président de la CCI du Gers, Parisien reconverti Gersois, s'établissant par chez nous, y fit fortune. Et savez-vous dans quoi ? Dans l'anti-limaces ; vous savez... Ces petits trucs bleus dont on infeste les rangs de salades. Discutant un jour de cet invraisemblable flair qui lui avait fait dégoter cette industrie, il m'avait raconté l'avoir rachetée à un local si peu ambitieux qu'on l'avait oublié. En reprenant l'affaire, et en le claironnant juste ce qu'il faut dans la grande distribution, le Parisien –qui n'était pas en vacances–, décrocha la timbale. " Vous savez, me dit-il, les consommateurs de ce truc sont tellement bêtes qu'ils font exactement l'inverse de ce qui est écrit sur la boîte. On leur dit qu'il suffit de quelques grains disséminés ça et là et les bestioles se précipitent dessus, elles les mangent et elle défuntent. Mais non, ils en mettent des tonnes, ce qui ne change rien, les limaces ne pouvant pas en manger beaucoup. Mais comme les gens en mettent dix fois trop, moi ça décuple mon chiffre d'affaires, alors...".
Aujourd'hui, l'homme en question pèse 25 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie une vingtaine de personnes. Pour tuer les limaçons ? Nenni. Il y a belle lurette qu'il a revendu à son unique concurrent, un Agenais, et donc un estrangès.
Non, aujourd'hui, ce Gascon d'adoption ayant retrouvé un filon, il en fait des millions : les bocaux de nos grands-mères, les parfaits.
Manquerait plus qu'il s'intéresse au béret pour relancer la mode !