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Lactorate

La Hont deu Lop

La Fontaine du Loup

 

La forêt du Ramier, en ce temps-là, s'étendait au midi de Lactora, des bords du Gers jusque très loin après Fleurance, qui alors n'existait pas. Des quantités de bêtes sauvages vivaient là, et de très rares êtres humains pour y exercer leur métier : bûcherons, charbonniers… Ils suivaient des petits sentiers, et ne s'aventuraient jamais dans l'épaisseur des bois, au risque d'y faire de mauvaises rencontres.

   Déjà, un endroit suscitait la crainte. Il s'appelait la Hont deu Loup, la Fontaine du Loup. La fontaine, c'était bien quand on avait besoin d'eau, mais du Loup !

   Je ne vous raconterai pas l'origine de ce nom, ni l'histoire de ce Loup qui doit remonter il y a bien longtemps (je vous promets que je vous la raconterai, quand je l'aurai retrouvée). Ce que je vous raconte là remonte à bien loin, mais c'est à une époque où les villages existaient, avec leurs habitants.

   Il y avait toujours eu un Loup, près de la fontaine du Loup. Un Loup solitaire, qui en était le gardien et qui prenait sa part dans les animaux qui venaient y boire, à leurs risques et périls.

   En ce temps-là, le Loup de la Fontaine du Loup n'était pas bien dangereux : il était vieux, fatigué, malade. Il passait ses journées allongé sur sa couche de feuilles mortes, dans un coin discret à peu de distance de la fontaine. À peine réussissait-il à attraper des proies faciles pour assurer sa survie.

   Un soir d'hiver, il était là à rêvasser aux jours meilleurs. Le froid était venu et il tremblait un peu. Soudain, son instinct le prévint. Quelqu'un s'approchait. Ni un humain, ni un animal qui pouvait être une proie. Il ne sentit pas l'odeur de la crainte, ni celle de l'agressivité.

   Il ne bougea pas, mais tous ses sens se tendirent en éveil. Les nouveaux venus étaient deux et s'approchaient tranquillement. Il reconnut ses semblables : deux loups, ou plutôt non, deux louves, fines et élancées, à la démarche souple.

   Il les reconnut instantanément. Ses filles. Il se sentit submergé par l'émotion.

   — Vous êtes venues, dit-il.

   — Oui, dirent-elles. Bonsoir, papa.

   — Vous venez de si loin…

   — Oui, de loin… Mais nous voulions te voir.

   — C'est bien.

   Elles lui avaient apporté des cadeaux, des proies fraîchement capturées, celles qu'il aimait. Elles apportèrent autour de lui des brassées de feuilles mortes, lui firent une couche moëlleuse. Il grogna d'aise. Des souvenirs lui revenaient, et il les évoqua.

   Ils parlèrent longtemps, de leur passé, et de leur vie d'après, quand les enfants s'en vont vivre seuls.

   Dans le village voisin, qui était peut-être Pauilhac, ou peut-être La Sauvetat,  il y avait une activité inaccoutumée. Les gens sortaient avec des lanternes, se lançaient des cris joyeux, et les cloches étaient mises en branle. Le vieux loup connaissait ces festivités et ne s'en inquiétait pas. Les deux louves, d'abord sur le qui-vive,  se calmèrent et la conversation reprit lentement.

   Bientôt les mots cessèrent de leur venir. Les loups ne sont pas très bavards. Mais c'était si bon d'être là, ensemble. Bientôt tous les trois étendus sur les feuilles mortes fermèrent les yeux. Leurs museaux se touchaient.

   Lorsque le vieux loup ouvrit les yeux, et même avant, il sut qu'elles n'étaient plus là. Discrètement, elles étaient parties sans le réveiller. Il se souvint alors de choses qu'il n'avait pas dites, et en eut un peu le regret. Qu'est-ce qu'il avait oublié ? Ah, oui. Je vous aime. Il ne leur avait pas dit qu'il les aimait. C'est chose courante chez les loups, que les pères Loups aiment leurs filles Loups, mais c'est tellement évident que cela n'a peut-être pas trop d'importance.

 

 

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